Les
Fauteuils Glissants
Cette association
a pour objet : de rendre accessible aux personnes handicapées
moteur, la pratique de la randonnée en traîneaux à
chiens dans le monde.
Ce jour-là, il faisait - 43° C dans le Grand Nord Canadien
et d'immenses aurores boréales déroulaient comme des
écharpes de lumière dans le ciel envahi par les étoiles.
Il était 5 heures du matin et mes chiens trottaient à
vive allure sur le chemin enneigé reliant deux petits villages
d'indiens Chipewans. C'était le 4200éme kilomètre
de ma traversée intégrale du Canada, d'un océan
à l'autre.
Derrière
moi, dans un vieux véhicule tout terrain, Clarence suivait
notre progression depuis que nous avions quitté le village,
dans la lueur de ses phares. Les chiens tournaient souvent la tête.
Cette présence, inhabituelle, les gênait, mais je laissais
faire car bientôt nous allions bifurquer à droite dans
un petit sentier d'à peine un mètre de large qui serpentait
dans la forêt. C'est un sentier qu'utilisent les trappeurs
et qui chemine le long d'une féerique rivière barrée
en de nombreux endroits par les barrages de castors et qui s'ouvre
de loin en loin sur de belles chutes d'eau que la glace n'emprisonne
jamais totalement malgré le froid extrême qui règne
ici. Ensuite, le sentier monte dans la forêt pour suivre,
plus loin, une crête dégagée d'où on
peut apercevoir la taïga sur des centaines de kilomètres
carrés. Un endroit exceptionnel. Pourtant, Clarence qui habite
le petit village depuis plus 15 ans, n'y est jamais allé.
Il s'est écrasé là, en plein blizzard, au volant
d'un petit hydravion, non loin de la piste qui tient lieu d'aéroport.
Les secours ne sont arrivés qu'après le blizzard,
cinq jours plus tard. C'est Steele, une indienne, qui l'a soigné,
soulagé, lui a parlé pendant cinq jours et cinq nuits.
Il a perdu l'usage de ses deux jambes. Il est revenu dans le petit
village, un mois plus tard, pour remercier l'indienne et il est
resté avec elle.
Lorsque, après avoir arrêté mes chiens pour
lui dire au revoir, je m'étais engagé dans la forêt,
j'avais senti, planté dans mon dos, le regard malheureux
de celui qui ne connaîtra jamais cette sensation inoubliable
que procure la traversée des espaces sauvages, surtout en
traîneau à chiens, ce moyen de transport naturel et
silencieux qui permet de vivre en harmonie avec la nature
Jamais ?
C'est à ce moment-là que le déclic s'est fait,
qu'une évidence m'est apparue. Le traîneau à
chiens peut être le moyen de déplacement le plus adapté
et le plus exceptionnel que l'on imaginera jamais pour des personnes
qui n'ont pas ou plus l'usage de leurs jambes. Il existe déjà
les chiens qui remplacent les yeux des aveugles. Il reste à
inventer les chiens qui remplaceront les jambes de ceux qui n'en
ont plus. Alors que mes chiens trottent joyeusement sur la piste
qui serpente entre les arbres, que le jour se lève et dessine
en rouge les contours du plateau en haut duquel nous allons bientôt
nous hisser, je vois déjà le projet. Grâce à
quelques aménagements faciles à effectuer, Clarence
et d'autres pourraient prendre place dans mon traîneau et
jouir de la ballade. Il suffirait pour cela d'adapter la nacelle
suspendue, inventée par les ingénieurs de Renault
Sport, afin qu'une personne puisse y prendre place. Le système,
parfaitement au point, agit comme une suspension de voiture amortissant
les chocs et secousses éventuelles qu'un passager pourrait
subir. Quant à la sécurité du passager, les
2800 kilomètres que j'ai effectués par - 40 °
C de moyenne, sans le moindre accident ni prise de risque à
travers les Montagnes Rocheuses et l'Alaska avec ma petite fille
d'un an et demi dans un traîneau traditionnel et parfaitement
inadapté, prouveront, si besoin est, aux sceptiques éventuels,
que le projet est parfaitement réalisable.
Quelques mois et quelques milliers de kilomètres plus loin,
j'ai parfaitement mis au point mon "plan de bataille".
Pour faire connaître le projet, j'utiliserai un traîneau
conçu pour cet usage dans les plus grandes courses de traîneaux
à chiens du monde où je bénéficierai
d'une exceptionnelle médiatisation. En s'appuyant sur le
vieil adage: " qui peut le plus peut le moins ", l'utilisation
de ce traîneau marqué au nom de l'association et au
nom de nos partenaires financiers permettra de lancer le projet
et prouvera la faisabilité de l'idée.
La pratique
du traîneau à chiens ne cesse de se développer
dans des dizaines de pays dans le monde et on parle de l'inscrire
prochainement aux jeux olympiques d'hiver. Des milliers de mushers
( conducteurs de traîneaux à chiens ) s'entraînent
chaque jour en plaçant dans leur toboggan du poids pour assurer
l'assise du traîneau alors qu'ils pourraient voyager avec
quelqu'un susceptible de les aider à la manière des
copilotes présents dans toutes les grandes courses de rallyes
automobiles : cartographie et orientation, photo, film, prise de
son, etc… sans oublier le plus important : la richesse d'un
dialogue lorsque l'on partage une même aventure et l'exceptionnelle
satisfaction de faire partager quelque chose que l'on aime passionnément
L'association, propriétaire d'un certain nombre de traîneaux,
les utilisera pour la réception de groupes dans un centre
d'accueil adapté, situé dans le Nord du Québec
: " Le camp des écorces", qui servira de base de
formation et où un certain nombre d'handicapés pourra
chaque hiver venir s'initier à la randonnée en traîneaux
avec des guides spécialement formés pour ce genre
d'activité. A partir de cette base, des actions médiatiques
seront organisées pour faire parler de cette initiative.
Enfin, l'association
créera des ambassades un peu partout dans le monde où
se pratique le traîneau à chiens et encouragera les
initiatives locales pour que des mushers, et ils sont nombreux à
les attendre, puissent se procurer les traîneaux spéciaux
et fassent connaître leurs disponibilités pour faire
vivre un rêve de neige à ceux qui veulent écrire
une belle page de leur...
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